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Il court il court le présent...

Le temps serial killer ?

 

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La vie d’un individu se termine toujours de la même façon : par la mort. 

Selon Bergson, le temps n’est qu’un concept inventé par l’homme afin d’adoucir l’idée de la mort. Il pense que le temps est un euphémisme de la mort, un mot que nous placerions devant la mort pour en atténuer l’intensité.

Pour Ionesco, il faut « s’y préparer ». nous sommes « condamnés, il fallait y penser dès le premier jour » (Le roi se meurt). En ce sens la vie est absurde, comme un roman dont on connaîtrait déjà la fin. L’homme tente d’échapper à la mort en effaçant les signes extérieurs de la vieillesse au moyen de produits de beauté par exemple, ou encore en épousant quelqu’un de beaucoup plus jeune que soi afin de se croire éternel.


Cette volonté de résister au temps fait sans doute elle aussi partie des facteurs qui nous poussent à avoir des enfants, afin qu’une part de nous, au moins, nous survive. « Passer à la postérité », but si chéri par les artistes, est un autre moyen d’espérer prolonger son existence à l’infini, au travers de ses œuvres. D’autres encore se donnent un but qui leur semble important d’atteindre, et décident qu’ils auront réussi leur vie s’ils parviennent à accomplir ce qui restera comme « leur » œuvre. Enfin la religion apporte un sens à la vie en la reliant à l’Éternel. Cependant, tous les produits de beauté du monde ne parviendront jamais à éviter le rendez-vous final. Et les enfants mourront à leur tour, et leurs enfants de même, jusqu’au dernier de la lignée. L’espèce humaine, même, disparaîtra un jour et devant l’immensité de l’Univers, finalement qu’importe que tel homme ait peint tel tableau, et qu’importe que quelqu’un ait réussi sa vie, puisque cela ne change rien au fait qu’ils sont bel et bien morts.

La philosophie la plus sage semble donc être de se cantonner au présent et de profiter du temps qui nous est imparti. Cependant ce n’est pas si simple puisque l’Homme a un rapport assez compliqué avec le présent.

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Le présent : un abonné absent ?

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" Ô temps ! suspends ton vol, et vous, heures propices !
Suspendez votre cours :
Laissez-nous savourer les rapides délices
Des plus beaux de nos jours !"
Lamartine

Aristote énonce le premier un des nombreux paradoxes du temps : le temps est constitué de deux entités, le passé qui n’est plus et le futur qui n’est pas encore. Quant au présent, il ne constitue que la jonction entre le passé et l’avenir et est par nature indéfinissable.

Par ailleurs, comme le décrit Etienne Klein, le présent scientifique et le présent perçu sont très différents.

En effet, le premier isole et examine précisément l’instant présent afin de décrire ce qui s’y passe. Le second, lui, ne parvient pas à isoler le présent : s’y rattachent continuellement des éléments du passé récent et du futur proche. « Tout se passe comme si, au sein même de la perception attentive au monde, notre conscience faisait jouer un certain coefficient d’inattention à la vie pour gommer une part de l’éclat du présent en le mélangeant à ce qui le précède et à ce qui le suit » (Etienne Klein, Les tactiques de Chronos)
Ce phénomène d’amalgame se ressent dans le langage : dans la phrase « J’arrive à l’instant », le présent est employé pour désigner un événement passé. Il est ainsi extrêmement difficile de saisir le présent dans sa pureté .

De plus, la perception d’une durée est étroitement liée à la situation vécue : comme le remarque Einstein: « Le temps passe plus vite lorsque vous avez une jolie fille sur les genoux que lorsque vous êtes en consultation chez le dentiste ». Le temps perçu s’accélère donc avec le plaisir et se ralentit avec les émotions négatives.

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Cependant, poussés à l’extrême, ces deux phénomènes se rejoignent.

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Ainsi, pour Etienne Klein au-delà d’un certain niveau ces deux émotions permettent de vivre le présent sans les scories du passé et du futur.

Tout d’abord la douleur. En effet plus la souffrance augmente, plus la capacité de l’être humain à se réfugier dans le passé ou le futur diminue. En effet, lorsque la douleur atteint son paroxysme, notamment lors de la torture, l’homme perd le compte du temps et se sent prisonnier de l’éternité.

 

Ensuite le bonheur. Les moments de bonheur envahissent d’une joie tellement intense qu’elle se suffit à elle même et que l’on n’éprouve pas le besoin de penser au futur ou au passé.
C’est ainsi que Kierkegaard décrit les moments de pur bonheur amoureux comme « la pénétration de l’éternité dans le temps ».

En poussant douleur et bonheur à l’extrême, nous aboutissons donc au même résultat : l’éternel. On remarque par ailleurs que les moments dont on se souvient le mieux, qui nous ont marqués, sont toujours ceux où notre rapport avec le présent n’était terni ni par le passé ni par le futur.

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De plus, parvenir à s'ancrer dans le présent est une grande source d'équilibre. 
On peut imaginer que des problèmes surgissent quand temps perçu et temps physique ou temps économique s'opposent, ce dernier poussant par ailleurs à une projection constante dans le futur : c'est ce que nous appellerons "Mesure Dictature".

Pour une même personne, le temps perçu diffère certes selon l’émotion ressentie, mais d’une manière plus générale le temps semble passer plus vite au fur et à mesure que les expériences s’accumulent un peu comme si la vitesse ressentie était proportionnelle à l’âge. Cela peut s’expliquer ainsi : à 5 ans, un an représente 20% de notre vie, contre 2% à 50 ans. Par ailleurs la perspective temporelle (rapport au présent, futur, passé) est propre à chacun, repose sur le caractère et les expériences vécues. Cette perspective est plus fortement mise à jour lors d'événement qui viennent casser le rythme que la société nous impose.

 

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