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En occident, du cercle à la ligne


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Dans la mythologie gréco-romaine, avant la naissance du temps, il y avait le chaos.

Cependant le chaos mythologique n’est pas rien. Il y avait donc quelque chose « avant le temps".

Avant la mer, la terre et le ciel qui couvre tout, la nature, dans l’univers entier, offrait un seul et même aspect ; on l’a appelé le chaos ; ce n’était qu’une masse informe et confuse, un bloc inerte, un entassement d’éléments mal unis et discordants."
(Ovide, Métamorphoses.)


En Grèce antique de nombreux philosophes penchent pour une conception cyclique du temps.

.Parménide propose de confondre la matière et l’espace, en rejetant la notion de vide : ainsi, un mouvement ne peut être qu’une translation. Lorsque toutes les positions de toutes les «particules» composant la matière auront été épuisées, on retombera forcément sur une position qui avait déjà été observée auparavant. Le temps peut donc être considéré comme cyclique, rien n’étant irréversible.

.Les stoïciens pensent que le feu primitif est à l’origine de toute chose. C’est à partir de lui que le souffle divin engendre les quatre éléments puis les êtres individuels. C’est ce même souffle qui maintient l’unité du monde et la cohésion de chaque individu. Mais une fois cette activité de déploiement terminée, vient un moment où celui-ci absorbe toute chose en lui : c’est la conflagration, la fin du monde mais aussi le début de son recommencement à l’identique. Remarquons que cette théorie est très proche de celle du Big Bang, d’après laquelle les physiciens pensent que l’univers pourrait s’étendre à l’infini ou, justement, se rétracter avant d’entrer à nouveau dans une phase d’expansion.

. Dans la mythologie elle-même, Ouranos, le ciel, a eu des enfants avec Gaïa, la terre : ce sont les titans. L’un d’entre eux, Chronos, a vaincu son père et a pris sa place pour régner sur le monde. Il a eu des enfants : les dieux. L’un d’entre eux, Zeus, a lui aussi vaincu son père et prit sa place. On remarque ainsi que des cycles se forment : qu’est-ce qui empêcherait Zeus d’être vaincu à son tour par son fils, lequel le serait par le sien, etc ?

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D’autres philosophes ont une position plus ambiguë :

Héraclite pense, à l’inverse de Parménide, que l’univers est mouvement, transformation. C’est ce qui le conduira à énoncer la fameuse règle : « on ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve . Cependant il ne s’intéresse pas au paradoxe entre cette irréversibilité du temps et son caractère cyclique, et ne se démarque donc pas de cette conception.

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. Pour Aristote, c’est le mouvement qui modifie l’aspect et la position des choses. Le mouvement est le principe de la génération, de la corruption del’accroissement et de l’altération des choses. Il produit une rupture entre deux états. C’est à partir de cette rupture que l’on peut parler d’antérieur et de postérieur (Aristote, Physique). Aristote définit ainsi le temps comme le nombre du mouvement . Cependant, tout comme Héraclite, il ne s’oppose pas à la théorie du temps cyclique, déclarant même : Ce n'est pas une fois, ni deux, mais un nombre infini de fois, sachons-le bien, que les mêmes opinions reviennent jusqu'à nous (Du Ciel, I, 3, 270 b 19).

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Alors, d’où vient la notion d’un temps irréversible, « linéaire » ?

Selon Serge Carfantan, professeur agrégé de philosophie et auteur notamment de Conscience et connaissance de soi (Presses Universitaires de Nancy, 1992), la conception linéaire du temps remonterait au christianisme : Jésus ayant grandement souffert pour nous sauver, il semblerait inacceptable que cela se reproduise plus d’une fois, a fortiori une  infinité de fois.

Sans discuter la validité de cette affirmation, nous pouvons tout de même remarquer que la conception linéaire du temps n’est pas présente que dans le christianisme, mais dans les trois grandes religions monothéistes, qui proposent toutes trois une création  -donc un début- et une fin du monde.

Au siècle des Lumières, l’apparition de la notion de progrès conforta l’idée d’un temps linéaire, se substituant à l’argument du Jugement Dernier qui disparaissait avec le déclin du christianisme. Il s’agit encore une fois de l’impression d’« aller » quelque part, chose impossible avec un temps cyclique.

La physique moderne proclamera l’avènement du temps linéaire par la loi de causalité : chaque effet doit être précédé d’une cause. Cette règle étant incompatible avec le concept de temps cyclique, le temps possède forcément une forme linéaire.
Enfin c’est en 1927 qu’Eddington symbolisa le temps par une flèche, la fameuse « flèche du temps » qui reste en vigueur aujourd’hui.

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La conception linéaire du temps en Occident résulte donc d’une longue évolution, du christianisme à la physique moderne. Le temps linéaire « actuel » n’est plus le même qu’à ses débuts : il n’était qu’un segment il y a 2000 ans, il est devenu depuis demi, voire droite complète. Avec la mondialisation c’est cette conception qui s’est imposée, même si l’idée d’un temps cyclique reste d’actualité.

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