<

Les temps cycliques

Lorsqu’on parle de temps cyclique, on imagine plutôt un temps ayant la forme d’un cercle. Cependant ce n’est qu’en partie vrai. Certes, il existe bien l'idée d’un temps "circulaire" recommençant éternellement, chaque acte accompli l'ayant déjà été des milliers de fois et visant à être accompli de nouveau. Mais Il existe également une autre forme de temps cyclique, ayant la forme d’une spirale cette fois-ci. Observons ces deux représentations.

montre.png

. Le temps circulaire

cercle-noir-100-25-svg.png


La conception d’un temps cyclique ayant la forme d’une roue s’est rapidement développée dans diverses civilisations, sans doute par analogie avec les différents cycles de saisons, des lunaisons, du jour et de la nuit, etc.

C’est le cas par exemple des Dogons du Mali, qui considèrent que l’individu est la réincarnation d’un de ses ancêtres. Ainsi toute naissance est-elle une renaissance. Mourir est donc revenir d’où l’on vient, avec l’assurance de renaître plus tard.

Cependant cette idée d’un temps cyclique ne s’incarne pas que dans l’optique de la résurrection. Ainsi les Inuit, tribu de chasseurs cueilleurs, ne perçoivent-ils le temps qu’en fonction des campagnes saisonnières de chasse ou de pêche. De même les Bushmen du Kalahari le mesurent-ils à l’aide des travaux liés à leur économie de subsistance. Enfin dans plusieurs tribus d’Afrique ainsi que chez certains Indiens d’Amérique ce sont les générations de jeunes hommes, grâce à leurs nombreux rites de passage (enfance - adolescence - âge adulte), qui rythment la vie de la tribu.

Claude Levi Strauss et Lucien Levy-Bruhl ont décrit la « mentalité primitive ». Ils expliquent que certaines sociétés primitives perçoivent un « temps du mythe » qui est en opposition avec l’idée linéaire du temps. En effet, ces tribus considèrent que le temps du mythe est sacré, ce qui leur inspire crainte et respect. Ils n’ont par conséquent aucune envie « d’avancer dans la vie » au risque de s’éloigner du temps mythique qui leur apparaît comme parfait.
En reproduisant régulièrement des rituels millénaires, ils ont l’impression de renouer avec leurs ancêtres qui accomplissaient déjà les mêmes gestes, de rentrer dans quelque chose qui les dépasse, de transcendant, de participer à la bonne marche du monde.
C’est cette notion que Myrcea Eliade nomme « Le mythe de l’éternel retour » et qui implique que les membres de ces tribus vivent dans le présent plutôt que d’espérer sans cesse l’avenir.

En réalité on remarque que la plupart des sociétés non-occidentales ont une perception plus cyclique que linéaire du temps. Cependant toutes n’ont pas la forme d’un cercle.

montre.png

Les critiques que les défenseurs du temps linéaire font au temps cyclique sont principalement basées sur l’impossibilité d’un recommencement exact des actes produits, que ce soit de façon physique ou philosophique.

En effet, en physique, il existe bien un théorème expliquant qu’un gaz se déplaçant de façon aléatoire finira toujours par être aussi proche que voulu de sa position initiale, à condition d’attendre suffisamment longtemps ; cependant il ne dit rien au sujet d’actes accomplis par des êtres vivants. De plus étant donné le nombre de particules dans l’Univers il faudrait attendre un nombre inimaginablement long d’années pour les voir toutes revenir à leur position initiale.

De même, philosophiquement, Héraclite avait déjà remarqué que "l'on ne se baignait jamais deux fois dans le même fleuve", à cause de l'écoulement du fleuve lui-même d'une part, mais surtout à cause de notre perception du fleuve, qui évolue avec la mémoire de nos différents bains. La reproduction exacte d'un geste ou d'une action, en termes d'environnement comme de perception de l'acteur, nous semble donc difficile à concevoir.

montre.png. Le temps en spirale

spirale.jpg

La théorie de la spirale du temps a l’avantage de passer outre cet argument. En effet cette théorie, surtout présente dans la religion indienne, combine celle du retour circulaire avec à chaque fois un léger décalage linéaire dû aux spires. Le temps ne reste donc pas figé, les actes ne se reproduisent donc pas exactement. De plus elle fait référence à des durées immenses : ainsi la spirale serait composée de cent « spires » appelés « années de Brahmâ », chaque « année de Brahmâ » durant 3 110 400 000 000 années, soit trois mille cent dix milliards quatre cent millions années. Au bout de ces cent « années de Brahmâ » la vie de Brahmâ est arrivée à son terme, et c’est la fin de l’Univers.

Face à ces durées immenses il est extrêmement difficile de prouver ou d’infirmer cette théorie. En effet, de notre point de vue, le temps semble être linéaire. Cependant il est très facile d’imaginer qu’avec le peu de recul dont nous disposons nous ne percevions qu'un infime morceau d'une spirale géante dont nous ne serions pas capables de concevoir la forme. L’Histoire ne serait ainsi qu’un point de cette spirale, et la droite que nous imaginons, une tangente de cette courbe.

montre.png 
Aujourd'hui encore, temps circulaire et linéaire s'opposent, tout comme diffèrent les perceptions individuelles du temps et s'affrontent temps perçu et temps mesuré. La mesure du temps serait-elle une quête circulaire ?

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site