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Tempus stressus

Notre monde étant envahi par la mesure du temps et par la productivité, il n’est pas étonnant qu’apparaisse de plus en plus souvent la notion de « stress »

Cette notion a été introduite par l'endocrinologue Hans Selye, qui publie en 1956 The stress of life (Le Stress de la vie).

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Un événement provoque un stress lorsqu'on est soumis à un changement brutal de situation ou une menace auquel on n'est pas certain de pouvoir faire face correctement.

Le stress est une réaction en chaîne qui débute dans le cerveau et aboutit à la production de cortisol par les glandes surrénales. Le cortisol active alors en retour deux zones du cerveau : le cortex cérébral pour qu'il réagisse au stimulus stressant (fuite, attaque, immobilisation...) et l'hippocampe, qui va apaiser la réaction. Si le stress est trop fort ou prolongé, l'hippocampe, saturé de cortisol, ne peut plus assurer la régulation. Le cortisol envahit le cerveau et installe une dépression. Les zones altérées sont l'hippocampe, l'amygdale, le cortex cingulaire antérieur et le cortex préfrontal.

 

Cette réaction en chaîne intervient en réponse à un danger, ce qui est très utile dans la nature pour se défendre. En effet, la libération d’hormones entraîne une consommation accrue des glucides et permet ainsi de répondre aux besoins d’énergie provoqués par le combat ou la fuite. Cependant ce « surrégime » est extrême et peut être dangereux lorsqu’il est constant sur de longues durées. Il provoque ainsi une baisse des défenses immunitaires, une hypertension et l’augmentation de la fréquence cardiaque peut déboucher sur des insuffisances cardio-vasculaires.

A noter que l'importance de la réaction dépend de la durée des événements comme de la gravité perçue par la personne qui les subit. Des événements jugés insignifiants par certains peuvent être vécus comme très importants par d'autres. En termes de durées, se distinguent le stress aigü (moins d'une heure), le stress à court terme (de plusieurs jours à moins d'un mois) et le stress à long terme (plus d'un mois), les deux derniers, qui engendrent la production de davantage d'hormones, étant plus dommageables que le premier. 

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Le stress est plus dangereux lorsque l’individu en situation de stress se découvre impuissant à faire face à cette situation. C’est ce qui a été démontré par l’expérience dite de la cage d’inhibition mise au point par Henri Laborit  (chirurgien et neurobiologiste, 1914-1995).

images-2.jpegUn rat est placé dans une cage séparée en deux compartiments par une cloison. Le plancher de la cage est grillagé. On enclenche un signal sonore et lumineux suivi, après un délai de 4 secondes, par un choc électrique dans le plancher de la cage. La porte de la cloison est ouverte et l’animal ne tardera pas à se réfugier dans le deuxième compartiment dés le signal, ayant compris la relation entre ce signal et le choc électrique. Une fois dans le deuxième compartiment on enclenche de nouveau le signal, avant d’administrer le choc électrique dans le compartiment où se trouve le rat. Celui-ci va de nouveau changer de compartiment, avant d’en venir à en changer à chaque signal. Il est soumis à cette expérience 10 minutes par jour durant une semaine. À la fin de la semaine, ausculté, il se porte admirablement.

Durant la deuxième expérience, on place deux rats dans la boîte, mais sans ouvrir la porte de la cloison, leur enlevant ainsi la possibilité d’échapper au choc électrique. Dés les premiers chocs les deux mammifères vont commencer à se battre férocement. Ils sont de nouveau soumis à ce traitement 10 minutes par jour durant une semaine. Lors de l’auscultation, hormis les blessures dues aux combats, les rats se portent bien.

Lors de la troisième expérience, le rat étudié est à nouveau seul, mais la porte de la cloison, cette fois-ci, est fermée. Il n’a ainsi pas la possibilité de fuir le choc électrique, ni de se battre. À la fin de la semaine, lors de l’auscultation, il souffre d’une hypertension qui va persister durant plusieurs semaines, de multiples lésions ulcéreuses à l’estomac, et d’une chute de poids importante.

C’est donc lorsqu’il se retrouve dans une situation de stress sans aucun moyen apparent de faire face à cette situation (ici, sans pouvoir lutter ni fuir), que le rat souffre de problèmes médicaux importants.

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Chez l’être humain le stress est souvent bénéfique puisqu'il aide à tirer le meilleur de ses ressources devant une situation déstabilisante mais maîtrisable (le trac de l’acteur peut le rendre meilleur sur scène). En revanche, à l'image du rat, lorsqu’il est placé dans une situation sans issue, il souffrira de problèmes physiques et psychiques plus ou moins importants selon la durée et l’intensité de la situation, ainsi que selon son état psychologique antérieur.

Avec la productivité toujours croissante, l’on a de plus en plus l’impression de se retrouver dans une course contre la montre, course sans issue, puisque l’on a beau remplir au maximum son emploi du temps, il reste toujours quelque chose que l’on aurait voulu faire et qu’on a pas pu faire, ce qui est un gros facteur d'anxiété. Quoi que l’on fasse, le temps semble nous échapper, et c’est cette impuissance à le retenir qui génère tout ce stress.

Les phénomènes de stress au travail, qui peuvent se traduite, à forec de vouloir trop en faire, par un "burnout" (épuisement professionnel), sont devenus une préoccupation majeure dans notre société. Ils semblent souvent liés aux difficultés de "faire tenir" l'ensemble des tâches à effectuer dans des journées qui "n'ont que 24 heures".

De plus, à force de nous projeter continuellement dans le futur pour le planifier, nous oublions que nous existons dans le présent, et nous vivons par procuration dans le futur, espérant toujours des lendemains qui chantent en oubliant d’en profiter quand ils deviennent aujourd’hui.

En mesurant le temps de plus en plus précisément, nous prenons conscience qu'il nous est compté et nous en perdons toute mesure... Nous finissons par tomber dans le piège que nous avons nous-même façonné, dans la dictature de la mesure. Perdus entre un passé qui s'enfuit et un futur qui se consomme à toute vitesse, nous parvenons plus à nous ancrer dans le présent.

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